Analyses des chansons de Rammstein

Analyse de "Zerstören"

Chanson ayant pour thème la pulsion de détruire. Mais attention, détruire seulement les possessions d'autrui, pas les siennes, dont on prend soin.
Le groupe a expliqué lors d'une interview que le thème de la chanson était la guerre. On peut donc comprendre la chanson ainsi :

Le protagoniste pense être dans son bon droit en accomplissant ses méfaits, il ne veut que le bien des autres (Ich will ein guter Junge sein - Je veux être un bon garçon), cependant son moyen d'y parvenir est la destruction (la guerre). Le vers "Je veux prendre soin de mes affaires" peut sous-entendre que la destruction des possessions des autres est un moyen de protéger les siennes (son pays, par exemple). Attaquer avant d'être attaqué, en somme.

Le dernier couplet est plus complexe.
Apparemment, le personnage rencontre une jeune fille qui partage son point de vue. Se rendant compte de leur erreur, il fait le vœu qu'elle soit guérie. Son vœu se réalise, et elle quitte la nuit où elle se trouvait.


Mais, comme toutes les chansons de Till Lindemann, on peut y voir un autre sens, totalement différent. Voici donc une autre analyse, signée Fabienne, qui nous présente Zerstören sous un jour psychanalytique.

Il s'agit donc d'une chanson sur la pulsion de détruire, ce qui autorise largement une lecture psychanalytique...

Je dois détruire / Mais ça ne doit pas m'appartenir/ Il faut que je détruise / Mais ça ne doit pas m'appartenir
Phrase qui peut paraître déconcertante. Première impression : c’est important que les choses ne deviennent pas miennes en les détruisant. Mais finalement c'est : je veux détruire, mais uniquement les affaires qui appartiennent aux autres, pas les miennes dont, au contraire, je prends soin. La pulsion de destruction est uniquement tournée vers l’autre. L’accent est mis sur l’importance du contraste entre le soin que je prends de mes propres affaires et l’envie irrésistible de détruire celles des autres. Rester seul possesseur de tout .
Pourtant, il y a une tentation de posséder les affaires des autres, de les faire devenir miennes : les "prendre". Il semble hésiter entre voler et détruire. Posséder plus ou posséder uniquement ce qui est mien. L’autre resterait plus vivant si je prenais uniquement ses affaires. Je suis davantage l'Unique Possesseur en détruisant l’autre par la destruction ou le vol de ses affaires

Ne pas demander casser
Je ne demande pas avant de casser. Je ne veux rien devoir à personne. Je nie l’existence de l’autre. Je veux me sentir comme si j’étais seul au monde.

Et maintenant la discipline reine / Tirer la tête d’une petite poupée
L'exploit suprême est d’arracher la tête d’une poupée comme on arracherait la tête de la poupée de sa sœur. Rester l’enfant unique en détruisant les jouets et possessions de la sœur. La victoire suprême. Etre seul vainqueur à l’arrivée aux yeux des parents dans la compétition à l’affection entre frères et sœurs. Idée de compétition, de rivalité. L’accumulation des verbes au préfixe -zer et des différentes façons de détruire fait ressortir le côté sportif de cette pulsion, et donc de compétition et de rivalité qui sont à la base de la pulsion de détruire. Moi, moi et encore moi et j’existe par ce qui m ’appartient, mes affaires sont intactes. L’affection des parents n’est que pour moi seul, je la possède seul. Ils prennent soin uniquement de moi, il n’y a rien pour mes rivaux)

Briser se venger
Ce sens de rivalité se confirme avec ce dernier vers. Il s’agit de se venger de l’autre qui a cherché aussi à nous détruire en nous disputant l’affection de l’autre et à en sortir gagnant

Il croisa une jeune fille qui était aveugle (…)
Une jeune fille aveugle qui partage la même pulsion. On est aveuglé par la rage. On peut devenir aveugle aussi par auto-punition quand on a consommé le complexe d’Œdipe sans en assumer la victoire, si on se réfère la légende du roi Oedipe.
Il désire que cette jeune fille soit délivrée de sa souffrance à sa place. Qu’elle soit à la fois délivrée de sa pulsion et de son auto-punition .
Elle l’a quitté la nuit qu’elle partageait avec lui et est partie la nuit même où elle ne partageait plus sa pulsion destructrice ne partageant plus rien d’identique avec lui. Elle a quitté l’enfance, c’est elle qui est victorieuse. Quand on a réussi à dépasser cette rivalité avec l’autre, aux yeux de celui dont l'affection est recherchée, pour être soi-même, on accède au vrai âge adulte et à la liberté envers les autres et envers ses pulsions que l‘on ne peut retenir et dont nous sommes les esclaves. La jeune fille est libérée de ses pulsions.

 

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