Rammstein dans la presse

Festival de Nîmes : Rammstein, la puissance et la gloire

Jonché de détritus, canettes et bouteilles vides, le parvis des arènes a des allures "fériasques". Il est 20heures, hier soir, et l'amphithéâtre est déjà noir de monde. Les tee-shirts anthracite sont de rigueur pour ce concert qui a rameuté près de 13000 personnes, et pas uniquement des "hardos" plus ou moins chevelus et des "métalleux" plus ou moins tatoués. Toute une bruyante confrérie, parfois et souvent même avec femmes et enfants, dont beaucoup de fans de Metallica, korn ou Manowar, certains, très nombreux, étant venus par cars spéciaux de toute l'Europe, du Nord notamment, pour l'unique concert français cet été de Rammstein.

DJ et producteur, Torgull a la redoutable tâche de faire patienter l'assemblée. Mais son set de techno hardcore et indus suscite au mieux l'indifférence, au pis déclenche des huées, index et annulaires (le signe de ralliement hardos) ou majeurs brandis, pouces abaissés, voire, c'est plus fâcheux, jets de bouteilles. Une première partie qui ressemble plutôt à un prévisible défouloir. Il y a trop d'excitation dans les travées pour qu'il en soit autrement.

21h40. "Rammstein !, Rammstein !", époumone l'arène. Un grondement menaçant émane de la scène obturée par un rideau noir (évidemment). Des hommes (en noir, itou) s'en échappent, avec matraque et lampes-projecteurs, puis abaissent le rideau. Attention, le concert est filmé pour est filmé pour une chaîne de télévision. Juchés au-dessus d'un décor post-apocalyptique, les six musiciens, tout de noir (!) vêtus, dans des tenues qui semblent issues des tournages de Mad Max, entament Reise Reise (Voyage Voyage), fracassant titre d'ouverture de leur dernier album éponyme. Seul le batteur reste à l'étage tandis que ses comparses en redescendent. Le chant ultra-martial de Till Lindemann, la lourde rythmique metal, et ces extravagants looks, donnent à leur musique tellurique d'inquiétantes allures guerrières que viennent contrebalancer évidences mélodiques et nappes de clavier lyriques, presque rêveurs. Il y a de la mélancolie (Sehnsucht, en allemand, pour reprendre le titre d'un de leurs albums) chez Rammstein, quelque chose de profondément allemand (eux-mêmes ont grandi dans l'ex-RDA), et c'est peut-être ce qui annihile l'aspect limite grand-guignolesque -avec explosions de pétards, crachats de flammes, nuages de fumée rose, et même immolations factices ! -de la mise en scène.

La foule est joyeuse, remuante comme pour un très spectaculaire concert de métal, de surcroît chanté en allemand (en allemand !) et à la fois fascinée comme devant une grand-messe (noire...), décadente et païenne, un cirque dantesque, effrayant -comme le monde d'aujourd'hui -mais ouvertement parodique. A voir et à entendre hier soir dans notre majestueusement placide monument bimillénaire, pourtant rempli jusqu'à la gueule, la machine Rammstein est en tout cas assez impressionnante.

Marc Caillaud,
journaliste du Midi Libre

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