Rammstein dans la presse

Les Fils de l'Allemagne

LA PLUS SÉRIEUSE FORMATION DE ROCK MÉTALLURGIQUE DE L'EX-ALLEMAGNE DE L'EST EST DE RETOUR, AVEC UN NOUVEL ALBUM SYNONYME DE PUISSANCE ET DE MATURITÉ. MUTTER INSCRIT EN LETTRES DE FEU LE NOM DE RAMMSTEIN EN HAUT DE LA SCÈNE GERMANIQUE. PROPULSÉS AUX QUATRE COINS DE LA PLANÈTE PAR LEUR PRÉSENCE SUR LES BANDES-ORIGINALES DE L0ST HIGHWAY ET DE MATRIX, LES RIFFS DE RAMMSTEIN SONT COMPARABLES À DES DECHARGES ÉLECTRIQUES DESTINÉES À RAMENER À LA VIE UNE CRÉATURE MORIBONDE. AVEC MUTTER, RAMMSTEIN DÉLAISSE LES FANTASMES LIÉS À LA SOUMISSION ET À LA FACE NOIRE DU DÉSIR POUR SE TRANSFORMER EN CONTEUR D'HISTOIRES POUR GRANDS ENFANTS. AVEC LA MÊME CHALEUR DEVORANTE, LE GROUPE S'IMPOSE AUJOURD'HUI COMME UN SOLEIL CAPABLE D'ILLUMINER LE MONDE ET, POURQUOI PAS, D'APPORTER UN PEU DE POÉSIE DANS UN MONDE DE BRUTES.

C'est le 24 mai 2001 que le destroyer Rammstein tirera quelques obus sur le Hallenstadion de Zurich, à l'occasion d'un concert qui s'annonce inoubliable. L'occasion pour le public suisse de savourer la nouvelle cuvée des fils de l'Allemagne: Mutter. Un album dans la pure tradition de Rammstein, dont la structure est un exemple de cohérence et d'efficacité.

Un labeur impressionnant, obtenu avec les tripes et le cœur, et qui marque l'excellent développement de la Formation composée de Flake Lorenz, Oliver Riedel, Christoph Schneider, Paul Landers, Richard Z. Kruspe-Bernstein et du meneur TiII Lindemann. Ce dernier a répondu à nos questions et a accepté de nous servir de guide. Après une ouverture comparable à un conte de Grimm revisité par Tim Burton [Mein Herz Brennt], Links adopte la cadence d'une troupe prête à marcher sur le royaume de la stéréo suivi peu après par Ich will, véritable réchauffement de l'auditeur couvert par Feuer frei, salve musclée et impérieuse qui marque le début d'une offensive à laquelle il s'avère impossible de résister. Avec cet album, Rammstein respecte ses bases gothiques tout en explorant des contrées vierges: il fait preuve de lyrisme et de poésie dans une écriture où le cœur, les mains et le soleil semble revenir régulièrement Sonne. "C'est une excellente question. Ces éléments apparaissent effectivement souvent dans nos chansons. Nous pouvons difficilement l'expliquer; ces mots reviennent inlassablement avec un naturel troublant."

Reniant toute idéologie politique, Rammstein conserve une indépendance insolente et créative dont l'effet rassembleur ne cesse de croître. Quand on évoque avec Till Lindemann le chemin parcouru, il explique: "C'est avec une grande fierté que nous avons accueilli le succès. Nous avons toujours travaillé dur en faisant un minimum de concessions, tout en respectant l'équilibre du groupe qui est une seconde famille." Une formation de départ qui ne s'est effectivement jamais modifiée et qui affiche une unité parfaite.

Concernant le changement visible de leur musique, Till Lindemann préfère la définir comme une évolution plutôt que comme une révolution. "Nous avons effectivement senti la différence, mais c'est normal: nous avons grandi, nous sommes plus exigeants et le travail avec notre producteur était plus intense aussi, un peu comme les Red Hot Chili Pepper à un certain moment de leur carrière. Nous avons laissé davantage de place aux instruments comme le violon et aux voix, mis de côté le sampling, pour un résultat plus sobre. "

 

CONTES MODERNES ET LIBRE INTERPRÉTATION
Avec une logique implacable, les chansons de Mutter s'enchaînent comme dans la narration d'un conte, entraînant l'auditeur dans un univers complexe mais moins torturé que les précédents disques de Rammstein, "C'est vrai, et ce qui est surprenant, c'est que ce n'était pas préparé! Comme dans un rêve étrange, vous vous retrouvez au cœur d'une histoire dont vous ne connaissez ni le début, ni la fin. Nous aimons bien cela, le fait de raconter, C'est la raison pour laquelle beaucoup de nos chansons ont des intros, car les histoires en ont souvent et doivent être progressives, respecter un certain ordre chronologique."

Des histoires inquiétantes et des créatures étranqes. Mutter en fourmille, comme l'hermaphrodite euphorique de Zwitter ou cet enfant qui joue au mort, dont parle l'excellent Spieluhr. Élément Familier chez Rammstein, le sexe est également présent de façon explicite mais festive, comme sur Rein Raus, titre que nos amis de langue germanique n'auront aucun mal à interpréter... Tels Éros et Thanatos, le sexe n'est jamais bien éloigné de la mort, sur Mutter. comme l'atteste le morceau homonyme, le sombre requiem d'un fœtus mort-né et révolté par son triste sort. "Avec ce titre, nous ne nous positionnons pas sur l'avortement. Mutter c'est l'histoire d'un drame dont on ne connaît pas les circonstances. On ne sait pas grand-chose sur le pourquoi du comment, C'est une chanson sur la tristesse, la douleur. Nous avons donné ce titre au disque parce que nous voulions quelque chose de court, de familier; un mot du langage courant. " Cette liberté donnée à chacun d'interpréter leurs textes, Rammstein y tient particulièrement et refuse catégoriquement de dicter une quelconque ligne de conduite. À l'image d'Adios, description détaillée -presque stylisée d'une prise de drogue qui finit en overdose. "Les journalistes nous prêtent trop souvent des intentions qui ne sont pas les nôtres: ils adorent s'étaler sur ce que vous faites et sont toujours persuadés que leur perception est forcément celle qui convient! Nous tenons a ce que les gens qui nous écoutent pensent par eux-mêmes. Pour Adios, nous avons préféré montrer les conséquences plutôt que de dénoncer l'acte."

La précédente tournée. Live aus Berlin, restera comme un monument outrancier de gigantisme pyrotechnique scénique, immortalisé sur le DVD et l'album qui en ont été tirés. Pour le prochain concert à Zurich, il faut évidemment s'attendre à quelque chose d'exceptionnel. "Nous avons gardé certains éléments comme le feu [Till Lindemann a un diplôme d'artificier, obligatoire selon la loi pour manipuler un lance-flamme sur scène!], mais le décor sera vraiment différent: quelque chose d'assez grandiose."

Alors que la majoriré des grands groupes "métal" s'endormaient sur leurs lauriers, trop occupés à grimper des groupies et à se regarder pousser la bedaine, les fils de l'Allemagne, eux. se sont forgé une solide réputation et une esthétique visuelle désormais identifiable, à la fois brutale, raffinée et gothique, qui a même séduit les États-Unis. Belle victoire pour un groupe qui s'obstine, par intégrité, à chanter dans la langue de Goethe et qui porte le nom d'une ancienne base de l'US Air Force.


texte_ David LaLanoe, interprète_ René Gubler

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