Rammstein dans la presse

À Werchter, l'Allemagne a gagné

À Werchter, l'Allemagne a gagné

Vers l’Avenir
Festival Lundi 1 juillet 2002

 

C’est la toute première fois depuis sa création que le festival de Werchter accueillait une formation germanique sur son « main stage ». Ce sont les six walkyriens est-allemands de «Rammstein» qui ont ouvert le bal et mis le feu. La plaine flamande n’en est pas encore remise.

Si David Lynch n’existait pas (Torhout-) Werchter 2002 n’aurait sans doute jamais explosé à ce point.

Petit rappel de contexte. En 1996, lorsque le réalisateur américain boucle le tournage de son excellentissime Lost Highway, il se penche soigneusement sur sa bande-son avec le complice musicien de toujours, Angelo Badalamenti. L’homme met la main sur un des ovnis du moment. Son nom : Herzeleid, premier album d’un groupe est-allemand dénommé Rammstein, d’après la plus grande catastrophe aérienne de l’histoire allemande (un avion de l’US air force s’écrasa durant un show aérien sur le public, tuant 80 spectateurs de la base militaire de … Ramstein).

Les six est-allemands y développent un musique résolument uniculturelle, dur et pur hardcore industriel. Et Lynch tombe amoureux de l’incroyable puissance sonore qui se dégage de Herzeleid. Deux morceaux viendront donc ponctuer les images hallucinées du maître de l’inconscient : Rammstein (« Rammstein, un homme brûle, Rammstein, l’odeur de chair brûlée est dans l’air, Rammstein, un bébé pleure, Rammstein, le soleil brille ») et Heirate Mich, ode aux amours nécrophiles, dérangeant mais fascinant aussi par son immense poésie gothique. Tout à l’image du groupe.

Dans la foulée du film, le CD sortait aux Etats-Unis, déclenchant la tempête que l’on devine. Aujourd’hui, Rammstein est une solide référence du rock moderne : le XXX avec Vin Diesel (sortie dans les salles dans quelques semaines en Belgique) s’ouvre d’ailleurs sur une courte performance du groupe, filmée à Prague. Rammstein, c’est aujourd’hui quatre albums (dont la bombe Mutter), et de sérieux a priori attaché à la formation. Au point que la question est posée : est-il aujourd’hui possible de chanter en allemand sans : 1. être rattaché à la philosophie nazie. 2. être assimilé à la communauté gay.

C’est en interviews que les Rammsteiners ont répondu à la seconde. Sans ambiguïté. A la première, l’histoire du groupe a montré à de multiples reprises que les six n’avaient aucune sympathie avec une certaine page de l’histoire mondiale (sans avoir pour cela honte d’être Krautz – « boche »). Même si la musique de Rammstein développe des sonorités violentes et militaires, même si les membres flirtent sur scène avec ces uniformes néo-réalistes que n’aurais pas renié un Fritz land, même si Rammstein a utilisé les noirs et blancs de Leni Riefenstahl (réalisateur de films de propagande pronazie durant la guerre) sur une vidéo. En juin dernier, malgré l’annulation de leur concert de Moscou, les six de Rammstein ont décidé de s’y rendre malgré tout afin de discuter avec les auditeurs de « Radio Ultra » (une radio nationale) du fascisme, de l’extrémisme et du totalitarisme dans la société moderne. L’échange avec les auditeurs a permis une sérieuse mise au point sur les affinités politiques de la formation.

Autre mise au point, samedi soir sur la plaine de Werchter : un show de Rammstein ne laisse jamais indifférent. Sans doute parce que les est-Allemands, qui craindraient paraît-il que leurs chansons soient trop « statistiques » (là on se demande franchement ce qu’il faut à ceux qui ont fait leurs premiers pas sur scène aux côté de Korn et Limp Bizkit), produisent le spectacle le plus imprévisible et spectaculaire depuis les délires scéniques d’un Alice Cooper. Till Lindemann, le bûcheron de l’ex-RDA qui sait aussi chanter comme une diva façon Eva Braun (surprenant) a d’ailleurs passé son brevet de pyrotechnicien pour satisfaire les fantasmes aux senteurs de kérosène de ses petits copains. Arrivés en droite ligne du festival danois de Roskilde (ce qui a fait craindre le pire : Pearl Jam avait suivi le même parcours, avant d’annuler Werchter à la suite de plusieurs décès de fans écrasés devant la scène danoise, en 1999), et avant de reprendre la route d’Arnhem, Rammstein s’est arrêté sur la plaine. Pour y mettre le feu. Littéralement.

Lance-flammes, traditionnels et dérivés faciaux, guitares en feu, missile venant s’écraser sur le toit de la scène et un Till Lindemann transformé en homme torche : c’est aux lueurs de la fournaise de l’enfer, écrans rouge et jaune sur lesquels se découpent les six ombres des démons allemands (avec l’incroyable silhouette squelettique du bassiste Oliver Riedel), que Rammstein allume Werchter.

Rammstein aime aussi choquer en usant de l’iconographie et la garde-robe SM. Et Till Lindemann d’emmener tout à coup le claviériste Christian Lorenz (qui vient d’abandonner sa tunique de gynécologue fou) dans un ballet teinté de soumission. Avec les accessoires ad hoc.

Werchter acceptera les références, à la différence notamment des puritains américains : en 1999, Lindemann et Lorenz avaient été arrêtés à l’issue d’un concert, pour avoir joué avec des stimulateurs sexuels de plastic en public… Idem quand Lindemann, sortant tout à coup un énorme accessoire de sa tunique, se met à arroser copieusement le public. ON vous avait prévenir : on n’est pas venu voir un ballet classique sur du Vivaldi.

Mais Rammstein, c’est aussi la musique. Le OETanzmetal du groupe fait des ravages. Avec des harmonies que l’on croirait tout droit sorties d’une ligne de montage de Terminator, et des riffs de guitares déments qui donnent une idée de ce que Franky Goes To Hollywood aurait pu produire comme son en reprenant le Whole Lotta Love de Led Zeppelin.

Samedi, ils ont été presque 70000 fans à humer les vapeurs d’essence devant le podium principal. Et presque autant à hurler avec Lindemann le Mutter devenu un des anthems de la formation.

Werchter n’avait peut-être jamais vécu ça. Inoubliable baptême du feu.

Cédric FLAMENT

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