Interview de Rammstein

Schneider : Rammstein's heart

Véritable poumon rythmique du groupe teuton, Rammstein, Christoph "Doom" Schneider s'impose également comme l'un des meilleurs "frappeurs" du moment sur la scène internationale du new métal. Zoom sur un batteur qui conjugue simplicité et efficacité avec une maestria confondante.

Né en 1966, Doom a grandi en Allemagne de l'est entouré de 5 soeurs et 1 frère. C'est ce dernier qui lui a offert sa première batterie à l'occasion de son 14ème anniversaire. Ce set basique (et oui, le mur n'était pas encore tombé !) était composé d'une quantité non négligeable de pots et de bidons en métal ! Jouant dans différents groupes de rock, le jeune Schneider (pour info, si vous le croisez, il préfère qu'on l'appelle par son nom que par son prénom) se forge une petite réputation mais reste néanmoins un élève studieux qui fait son service militaire (le seul du groupe !) et travaille quelques temps comme installateur en télécommunications. Mais, la musique reste la plus forte et la réussite internationale de Rammstein, formé dans le Berlin démocratique de 1993, confirme a posteriori les choix du batteur. Après l'utilisation de deux titres du combo (heirate mich et rammstein, tirés du premier CD Herzeleid) par David Lynch en 1995 pour son film de terreur "Lost Highway", Rammstein décolle avec Sehnsucht (1997), Slash (1999) et Mutter (2001). Les shows mêlent pyrotechnie (performances assurées aujourd'hui par des professionnels depuis un accident sur scène il y a quelques années) et parfois délires sadomaso. Autant de broutilles qui, ajoutées aux rythmes quasi-militaires de certains titres rappelant les souvenirs douloureux du IIIème Reich, ont valu au groupe des tirs de barrage de la part de certains critiques. Pour Doom, il s'agit simplement "d'aller a la limite des expériences humains". Du genre têtu, se donnant à fond pour sa passion, ce batteur d'un contact affable est, sans conteste, l'un des artisans principaux du succès du groupe. Un groupe qui, rappelons-le, se permet le luxe de vendre plus d'un million de galettes aux USA tout en chantant en allemand ! Et, comme vous le constaterez dans les lignes qui suivent, la vision de Herr Schneider dépasse de loin le simple cadre "batteristique".

Le nom du groupe a-t-il une signification particulière ?

Tout à fait. C'est le nom d'une petite ville d'Allemagne qui abritait une base militaire. Lors d'un show de l'Armée de l'Air américaine, un avion s'est écrasé causant la mort de 80 personnes. C'est le sujet, et donc le titre de notre première compo, puis c'est devenu très vite le nom du groupe. Nous avons simplement ajouté un M car la ville s'écrit Ramstein.

Comment expliques-tu votre succès rapide ? Je suis sûr que voir réussir à l'international un groupe ni américain, ni anglais dans ce style de musique fait rêver beaucoup de nos lecteurs...

Quand on regarde maintenant et de l'extérieur, on peut penser que ça s'est fait en un clin d'oeil. Mais, quand tu le vis, ça te semble beaucoup plus long. Je dirais que pour réussir, il ne faut pas avoir peur de tenter sa chance. C'est ce que nous avons fait en envoyant notre premier CD à plusieurs producteurs dont David Lynch. En fait, nous cherchions un réalisateur pour notre premier clip ! A ce moment, il travaillait sur son film "Lost Highway" et avait très peu de temps. En allant sur le tournage, sa femme a mis dans la voiture notre CD et il a craqué sur deux titres... qui ont fait partie de la BO. Tu vois, ça peut être facile !

Ce début avec un réalisateur est révélateur de la suite. L'image et la musique semblent tellement liées quand on vous voit sur scène...

Bien sur. Si vous ne donnez que du son, les gens préfèrent rester chez eux à écouter un CD dans de bonnes conditions. Lorsque nous faisons des grandes salles, nous voulons offrir un spectacle total : le son et l'image pour que les gens soient transportés dans une autre dimension. Ce n'est pas évident car, les pompiers et responsables de la sécurité nous prennent souvent la tête avec la réglementation mais nous tenons bon pour nos fans.

Quel type de musique écoute-t-on quand on grandit en Allemagne de l'Est ?

Je vais peut être t'étonner mais je répondrai : beaucoup de choses différentes. On écoutait la radio, les standards du rock et du heavy ou encore des choses qui vont te paraître surprenantes dans ma bouche comme Depeche Mode. Ce groupe était vraiment très populaire en Allemagne et nous apprécions son travail sur la couleur sonore, sur le son et la préparation en studio. En revance, les groupes allemands comme Kraftwerk ou Einstürzende Neubaten nous ont peut influencés.

Et les batteurs ?

Tu t'en doutes, je mettrai en premier les grands du heavy et du métal. Ils ont ouvert la voie. D'une manière générale, je ne suis pas un grand fan des batteurs ultra techniques. Ok, ils m'impressionnent mais je préfère un batteur qui se fond dans le groupe. J'ai remarqué que dans la rock music, qu'elle soit pop ou heavy, c'est souvent le batteur qui donne sa cohérence au groupe. C'est lui qui impulse et qui, en même temps, redistribue l'énergie. C'est peut être pour cette raison que c'est un instrument difficile, en plus de l'indispensable maîtrise technique qui demande un travail continu.

Vous êtes en pleine ascension. Comment vis tu cette réussite ?

C'est une chance inouïe de pouvoir faire de la musique à 100% et dans de bonnes conditions. Nous en sommes tous conscients dans le groupe. Ce qui nous satisfait encore plus, c'est que nous n'avons pas fait de concessions absurdes pour passer. Regarde, nous chantons toujours en allemand alors que le marché est nettement dominé par l'anglais ! Ce qui fait aussi plaisir, c'est d'entendre des groupes comme Faith No More, Clawfinger, Korn, reprendre ta musique. Quel pied ! Bref, si j'ai un conseil à donner c'est : gardez votre cap. Même dans les périodes difficiles, c'est le seul moyen d'y arriver.

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