Interview de Rammstein

Rammstein - Peau Neuve

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Une bonne année de repos a permis aux six Allemands de digérer l'énorme succès de leur troisième album et d'aborder la suite avec sérénité. Lauréats de la promotion française, Christoph Schneider (batteur) et Richard Kruspe-Bernstein (guitare, désormais exilé aux Etats-Unis) sont les deux chargés de répondre aux questions des journalistes.

PEAU NEUVE

Longtemps des rumeurs ont circulé sur un Split de Rammstein. Votre avenir a-t-il été incertain à un moment donné ?

Christoph Schneider (batteur) : Cela fait longtemps que nous n'avions pas eu la liberté de nous accorder du temps libre, à titre personnel. On composait, on enregistrait et on enchaînait sur de longues tournées. Faire une pause était un besoin vital pour tous.
Richard Kruspe-Bernstein (guitare) : Nous n'avons jamais souhaité nous séparer. Nous avons traversé une période très difficile après Mutter: l'album avait été très coûteux pour le label, qui nous a mis une énorme pression. Puis, cette pression est retombée. Elle a cependant engendré une tension entre nous, car nous n'avions pas du tout les mêmes attentes de cet album. C'est pourquoi nous avons fait un break d'une année pour prendre du recul, y réfléchir avant de décider de quoi que ce soit. Après cette période, nous avions tous les mêmes intentions : poursuivre ensemble et aller de l'avant.

Cette volonté commune de repartir ensemble a-t-elle affecté votre façon de composer ?  

Richard : C'est une des premières choses qui a changé. A l'inverse de nos trois précédents albums, celui-ci a été écrit dans un contexte complètement nouveau. J'habite aux Etats-Unis maintenant, et être éloigné des autres m'a permis de moins monopoliser certains domaines de composition.

Vous êtes donc partis enregistrer dans divers studios dans des pays différents...

Christoph : Nous avons enregistré de façon éclatée, selon nos besoins. L'essentiel des voix et des guitares ont été enregistrées aux studios El Cortijo à San Pedro de Alcantara à Malaga, en Espagne (Rosendo et Judas Priest y ont enregistré avant eux - ndlr). Les parties orchestrales ont été enregistrées à Berlin.

Vous avez rencontré un énorme succès avec Mutter. Cela a-t-il engendré une pression sur vous, sur la préparation de ce disque ?

Richard : L'idée n'est pas de surenchérir par rapport à l'album précédent. A chaque nouvel album, nous essayons de faire un bon disque, mais cela ne prend pas la forme d'une compétition. Sinon, dans cette logique, pourquoi continuer après un album qu ' on trouve très bien ? En tout cas, on voulait avant tout travailler dans de bonnes conditions pour ne pas subir de "pressions".

Vous aviez opté pour le sud de la France à l'époque de Mutter. Le soleil, le climat font-ils partie de "ces bonnes conditions" ? C'est ce qui vous a poussé à enregistrer à Malaga en plein hiver ?

Richard : Nous avons beaucoup aimé Marseille. Nous avions l'intention d'y retourner, car c'est un de nos endroits préférés, mais il y faisait trop froid.
Christoph : Nous étions en plein hiver, ce studio est celui le plus au sud en Europe. Rien à voir avec le temps en Allemagne à cette période de l'année. Nous étions en haut d'une montagne, au milieu de nulle part, loin de nos obligations familiales, de nos habitudes, entièrement focalisés sur notre travail. Le studio surplombait de magnifiques paysages. On cherchait vraiment à avoir des conditions optimales et le choix du studio était un paramètre important.

Beaucoup de noms pour cet album ont été mis en avant Vous êtes-vous déjà arrêtés sur un titre ?

Richard : En premier lieu, il devait s'intituler Aurore. Ensuite, l'idée de Rosenrot a fait son bout de chemin. Puis, nous nous sommes arrêtés sur Rot. Pour l'instant, nous n'avons pas encore de titre définitif. Nous choisissons généra ­lement le titre d'une chanson qui englobe au mieux le contenu du disque. Cet album parle de la vie, en général, l'amour étant un sujet récurrent. Le titre Reise Reise représente bien l'idée de tous les voyages que nous rencontrons au fil de notre existence. Je pense que ce sera certainement le titre de l'album

INSPIRATION CANNIBALE

Le choix de votre premier single est lui, officiellement annoncé. De quoi parle Mein Teil ?

Richard : D'un fait divers qui s'est passé en Allemagne. Un informaticien de Rotenburg, Armin Miewes, âgé de 42 ans, avait été arrêté pour cannibalisme sur son amant Bern-Juergen Brandes.
Christoph : Après qu'ils eurent eu des relations sexuelles, ils ont ensemble coupé les parties génitales de Brandes. D'où le titre Mein Teil (ma partie, en français). Il expliquait toute l'histoire dans un magazine : ils n'arrivaient pas à le couper au début, puis ils y sont enfin parvenus avant de le manger tous les deux ! Le type a mangé son propre... Après le cannibale a découpé le corps de son amant en pièces, puis l'a mis au congélateur. Il a mangé certains morceaux avec des pommes de terre et des légumes. Pour la première fois de sa vie, il avait le sentiment d'avoir un ami.

C'est une histoire peu banale dont on a beaucoup parlé....

Christoph : Ça s'est passé chez nous, en Allemagne. Ce genre de trucs se produit habituellement aux Etats-Unis, on ne pouvait pas passer à côté.
Richard : C'est intéressant d'essayer de comprendre le fonctionnement psychologique de ces personnes. Comment ils sont arrivés à un point de non-retour. Sa mère fut très dure avec lui étant jeune Il la craignait plus que tout. Au fil du temps, elle a réussi à détourner tout le monde de lui. Ainsi, il ne pouvait plus rencontrer qui que ce soit. Je crois que d'autres meurtriers comme Ted Bundy ou Jeffrey Dahmer tuaient parce qu'ils étaient terrorisés à l'idée que leurs victimes les abandonnent. Les manger, c'était les garder pour toujours avec eux.
Christoph : Le problème demeure la loi qui ne sait comment faire face à ce cas précis, puisque la victime était consentante. Il a finalement été emprisonné pour crime passionnel.

ORGANIQUE ET VIVANT

En écoutant les nouveaux titres, votre musique semble avant tout délestée de son côté froid. Les machines sont moins présentes. Vous aviez envie de revenir à une musique plus vivante ?

Richard : Nous avions envie de revenir à nos instruments. Les machines étaient très bien, nous avons pu exploiter de nombreuses choses. Puis, vient un temps ou l'on tourne en rond. Tenter une nouvelle recette avec les mêmes ingrédients, on finit par retomber dans les mêmes saveurs. On ne voulait pas refaire un album avec les mêmes éléments. On a intégré des choeurs, un orchestre sur quelques titres, un accordéon. Il y a même un choeur d'enfants. Ça confère un aspect plus vivant à la musique et c'est un pas que nous devions franchir.
Christoph : On voulait délibérément prendre de la distance avec la tonalité froide de notre musique. Nous aimons beaucoup ce côté de Rammstein, mais cette formule n'était plus un challenge en soi à nos yeux. Il fallait arpenter une nouvelle direction.

Les choeurs apportent vraiment une nouvelle dimension à vos compositions...  

Christoph : Ça m'a vraiment surpris. L'impact est tellement différent, plus puissant que tout ce qu'on a fait avant. Ça porte la musique à un tout autre niveau.
Richard : Ça rend de nouveau notre musique humaine. À un certain point, les ordinateurs ont mécanisé, déshumanisé notre musique. Nous nous sommes réapproprié le côté vivant de notre musique.

Ça casse l'image très dure que certains se font de vous...

Richard : (rires) Nous avons un coeur...
Christoph : Il nous arrive même de pleurer ! (rires)
Richard : Mais, le pire, c'est de savoir que pour quelques personnes l'image de l'Allemagne nazie ressurgit de la musique d'un groupe comme le nôtre. Ce cliché est encore vivace aujourd'hui et c'est triste.

AMERIKANISATION

Parmi les nouveaux titres, "Amerika" est certainement le plus atypique de Rammstein. Autant au niveau de la musique que du sujet abordé. Le thème a-t-il influencé la musique ou l'inverse ?

Christoph : La guerre en Irak a éclaté lorsque nous avons entamé l'enregis­trement. On ne pensait pas particulièrement aborder le sujet des Etats-Unis, en tous les cas pas forcément sous cet angle. Mais c'est factuel : tout ce qui nous entoure au quotidien fait référence à ce pays, à sa culture.
Richard : Cette chanson parle de l'hégémonie culturelle américaine, de "l'amerikanisation" planétaire. Nous n'en dépeignons pas un aspect foncièrement négatif, c'est davantage un constat avec ce qu'il y a de bon et de mauvais. Tout le monde mange des hamburgers, le Coca-Cola est la boisson la plus connue au monde, on en trouve aux quatre coins du globe. Ceux qui critiquent sans arrêt les Etats-Unis devraient commencer par se regarder et voir s'ils n'ont pas une paire de Converse aux pieds, un jean Levis, etc. Qu'on le veuille ou non leur culture est aussi un peu la nôtre. Le refrain "We're all living in Amerika" reprend cette idée. Et pour que tout le monde comprenne le groupe allemand que nous sommes, il semblait plus adapté de chanter en anglais ! (rires).

Certains mots ont une place prédominante dans vos textes. On retrouve souvent « Stern » (l'étoile) et « Sonne » (le soleil). Deux éléments importants pour vous ?  

Christoph : Ce sont deux images fortes. Nous choisissons aussi des mots qui ont une façon intéressante de sonner. Sonne et Stern sonnent bien. Certains mots en allemand sont vraiment horribles à entendre. (rires). Mais c'est important pour nous que les gens comprennent les chansons. Malgré la barrière de la langue, je pense que la sonorité des mots peut créer une sorte de langage universel, capable de toucher quelqu'un par sa seule évocation.

"Dalai Lama" est un titre trompeur. La chanson semble n'avoir aucun lien avec le Dalai Lama, même si les choeurs confèrent un ton très grave, voire spirituel à la chanson...

Richard : C'est simplement un titre de travail que nous avons choisi à cause de sons qui nous faisaient penser à la musique tibétaine. La chanson parle en effet de tout autre chose. L'histoire a été écrite comme une version moderne de la tragédie racontée par le poème de Goethe. "Der Frikônig" ("Le Roi des Aulnes" - ndlr). C'est certainement un des plus beaux poèmes de la langue allemande. Nous avons choisi de placer l'histoire dans un contexte très actuel : un avion. L'enfant prend peur quand l'avion traverse une zone de turbulences. Son père, pour le rassurer, le serre contre lui, mais il est tout autant pétrifié par la peur. II le serre tellement fort qu'il finit par l'étouffer.

Texte: Emilie Poncet

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